1905-11-10 — The Lake — Dedicatory Letter
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The Lake — Dedicatory Letter
London: William Heinemann, 10 November 1905, pages v-vi, 703 words
À ÉDOUARD DUJARDIN.
17 Août, 1905.
MON CHER AMI,
Il se trouve que je suis à Paris en train de corriger mes épreuves au moment où vous donnez les dernières retouches au manuscrit de ‘La Source du Fleuve Chrétien,’ un beau titre — si beau que je n'ai pu m'empêcher de le ‘chiper’ pour le livre de Ralph Elles, un personnage de mon roman qui ne paraît pas, mais dont on entend beaucoup parler. Pour vous dédommager de mon larcin, je me propose de vous dédier ‘Le Lac.’ Il y a bien des raisons pour que je désire voir votre nom sur la première page d'un livre de moi; la meilleure est, peut-être, parce que vous êtes mon ami depuis ‘Les Confessions d'un Jeune Anglais’ qui ont paru dans votre jolie Revue Indépendante; et, depuis cette bienheureuse année, nous avons causé littérature et musique, combien de fois! Combien d'heures nous avons passées ensemble, causant, toujours causant, dans votre belle maison de Fontainebleau, si française avec sa terrasse en pierre et son jardin avec ses gazons maigres et ses allées sablonneuses qui serpentent parmi les grands arbres forestiers. C'est dans ce jardin à l'orée de la forêt, et dans la forêt même, parmi la mélancolie de la nature primitive, et à Valvins où demeurait notre vieil ami Mallarmé, triste et charmant bonhomme, comme le pays du reste (n'est-ce pas que cette tristesse croît depuis qu'il s'en est allé?), que vous m'avez entendu raconter ‘Le Lac.’
À Valvins, la Seine coule silencieusement tout le long des berges plates et graciles, avec des peupliers alignés; comme ils sont tristes au printemps, ces peupliers, surtout avant qu'ils ne deviennent verts, quand ils sont rougeâtres, posés contre un ciel gris, des ombres immobiles et ternes dans les eaux, dix fois tristes quand les hirondelles volent bas! Pour expliquer la tristesse de ce beau pays parsemé de châteaux vides, hanté par le souvenir des fêtes d'autrefois, il faudrait tout un orchestre. Je l'entends d'abord sur les violons; plus tard on ajouterait d'autres instruments, des cors sans doute; mais pour rendre la tristesse de mon pauvre pays là-bas il ne faudrait pas tout cela. Je l'entends très bien sur une seule flûte placée dans une île entourée des eaux d'un lac, le joueur assis sur les vagues ruines des forteresses des anciens guerriers normands. Mais, cher ami, vous êtes Normand et peut-être bien que ce sont vos ancêtres qui ont pillé mon pays; c'est une raison de plus pour que je vous offre ce roman. Acceptez-le sans le connaître davantage et n'essayez pas de le lire; ne vous donnez pas la peine d'apprendre l'anglais pour lire ‘Le Lac’; que le lac ne soit jamais traversé par vous! Et parce que vous allez rester fatalement sur le bord de ‘mon lac’ j'ai un double plaisir à vous le dédier. Lorsqu'on dédie un livre, on prévoit l'heure où l'ami le prend, jette un coup d'œil et dit: ‘Pourquoi m'a-t-il dédié une niaiserie pareille?’ Toutes les choses de l'esprit, sauf les plus grandes, deviennent niaiseries tôt ou tard. Votre ignorance de ma langue m'épargne cette heure fatale. Pour vous, mon livre sera toujours une belle et noble chose. Il ne peut jamais devenir pour vous banal comme une épouse. Il sera pour vous une vierge, mieux qu'une vierge, il sera pour vous une demi-vierge. Chaque fois que vous l'ouvrirez, vous penserez à des années écoulées, au jardin où les rossignols chantent, à la forêt où rien ne se passe sauf la chute des feuilles, à nos promenades à Valvins pour voir le cher bonhomme; vous penserez à votre jeunesse et peut-être un peu à la mienne. Mais je veux que vous lisiez cette dédicace, et c'est pour cela que je l'ai écrite en français, dans un français qui vous est très familier, le mien. Si je l'écrivais en anglais et le faisais traduire dans le langage à la dernière mode de Paris, vous ne retrouveriez pas les accents barbares de votre vieil ami. Ils sont barbares, je le conçois, mais il y a des chiens qui sont laids et que l'on finit par aimer.
Une poignée de mains,
GEORGES MOORE
Translation by ChatGPT
My dear friend,
As it happens, I am in Paris correcting the proofs of my book at the very moment when you are putting the finishing touches to the manuscript of The Source of the Christian River — a beautiful title, so beautiful indeed that I could not resist "stealing" it for the book written by Ralph Elles, a character in my novel who never appears in person but of whom much is said. To make amends for this little theft, I propose to dedicate The Lake to you. There are many reasons why I should like to see your name on the first page of one of my books. The best, perhaps, is that you have been my friend ever since Confessions of a Young Man appeared in your delightful Revue Indépendante. Since that happy year we have talked of literature and music — how many times! How many hours we have spent together, talking, always talking, in your beautiful house at Fontainebleau, so thoroughly French with its stone terrace and its garden, its thin lawns and winding sandy paths threading their way among the great forest trees. It was in that garden at the edge of the forest, and in the forest itself, amid the melancholy of untamed nature, and at Valvins, where our old friend Mallarmé lived — that sad and charming soul, like the countryside itself (do you not think that its sadness has deepened since he left it?) — that you heard me tell the story of The Lake.
At Valvins the Seine flows silently beside its flat and graceful banks, lined with poplars. How melancholy those poplars are in spring, especially before they have turned green, when they stand reddish against a grey sky, casting motionless, faded shadows upon the water — ten times sadder when the swallows are flying low! To express the sadness of that beautiful countryside, scattered with empty châteaux and haunted by memories of the festivities of long ago, one would need a whole orchestra. I hear it first in the violins; later other instruments would be added, horns no doubt. But to express the sadness of my own poor country over there, nothing so elaborate is required. I hear it perfectly rendered by a single flute, played on an island surrounded by the waters of a lake, the musician seated upon the weathered ruins of the fortresses of the old Norman warriors. But, my dear friend, you are a Norman, and perhaps it was your ancestors who plundered my country. That is one more reason why I should offer you this novel. Accept it without knowing more about it, and do not attempt to read it. Do not trouble yourself to learn English in order to read The Lake. May you never cross its waters! And because you are destined always to remain upon the shore of my lake, I take a double pleasure in dedicating it to you. When one dedicates a book, one imagines the moment when one's friend picks it up, glances through it, and says, "Why has he dedicated such nonsense to me?" Everything produced by the mind, except the very greatest things, becomes nonsense sooner or later. Your ignorance of my language spares me that fatal hour. For you, my book will always remain something beautiful and noble. It can never become commonplace for you, as a wife inevitably does. It will remain a virgin to you — better than a virgin, it will remain half a virgin. Whenever you open it, you will think of years gone by, of the garden where the nightingales sing, of the forest where nothing happens except the falling of leaves, of our walks to Valvins to visit our dear old friend. You will think of your own youth, and perhaps a little of mine. But I do want you to read this dedication, and that is why I have written it in French — in a French that is very familiar to you, my own. If I were to write it in English and have it translated into the latest fashionable Parisian style, you would no longer recognize the barbarous accents of your old friend. They are barbarous, I admit; but there are dogs that are ugly, and that one ends by loving.
A hearty handshake,
GEORGE MOORE
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