Terre d’Irlande — Chapitre 10 — Un château mort
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Terre d’Irlande — Chapitre 10 — Un château mort
Paris: G. Charpentier et Cie, 1887, pages 193-217, 3,340 words
UN CHÂTEAU MORT
Se réveiller dans le vague des ténèbres froides, se réveiller la cervelle remplie de toutes les hallucinations de minuit!... Je suis dans un large lit à colonnes... La chambre, oui, je la connais tout entière... Mais qu’ils sont froids les blancs rideaux du lit! el les fenêtres tendues de blanc! Qu’il est étrange ce valet dans l’ombre allant et venant avec sa chandelle qui éclaire si brillamment dans l’obscurité froide!... Je ressens l’angoisse d’une impression vague et confuse, mais qui n’en est pas moins réelle, une impression de malaise, de mort.
“Il est bientôt cinq heures, monsieur, et M. Dacre a dit qu’il serait ici à peu près à cette heure; il ne faudrait pas le faire attendre.”
Les rêves se déchirent et tombent dans le vide de la nuit, et je ressuscite aux réalités du jour. Stupide que je suis, j’avais oublié; mais maintenant je me souviens que je dois aller à la chasse au canard avec mon ami Dacre... Il a envoyé la barque sur un chariot dans la soirée, et je l’ai envoyée à mon tour à une couple de milles sur le lac; nous devons aller la rejoindre en voiture, puis ramer un mille environ jusqu’à un endroit... je crois qu’il m’a dit quelque chose comme le château Burk... mais... Ici ma revue rétrospective est interrompue par un grincement de roues sur le gravier, suivi d’un sifflement strident. “Ouvrez la fenêtre, criai-je au valet, et dites-lui que je descends dans cinq minutes.”
Une bouffée de vent froid me force à disparaître sous les couvertures; mais là même j’entends une jeune voix sonore ayant l’air de sortir du cœur de la nuit.
“Dans cinq minutes! Je vais le faire dépêcher: dites-lui que je monte.”
Quelques instants après, un bruit de pas retentissant résonne dans le corridor, et un jeune homme grand, noir, bien bâti, entre à grands pas dans la chambre; il est vêtu de culottes courtes et d'une jaquette de Norfolk; un épais cache-nez est enroulé autour de sa gorge.
“Allons, levons-nous, secouons-nous” crie-t-il en riant aux éclats; nous n’avons pas un moment à perdre, cinq heures vont sonner; nous avons trois milles à faire en voiture et un mille à ramer; et si nous ne sommes pas arrivés avant le jour, nous voilà flambés!... Allons donc, hâtons-nous!... Point de toilette, point de barbe, point de déjeuner. Prenez un croûton de pain si vous voulez... Allons, enfilez vos habits; vous vous laverez quand vous serez de retour; ou peut-être le lac nous débarbouillera plus que nous ne voudrons; car, quand il s’y met, il n’est pas gentil, je vous assure.”
“J’espère que vous n’avez pas oublié de charger quelques cartouches de deux comme celles que nous avons tirées hier soir, et quelques-unes de quatre.
“Tout est prévu; j’ai cinquante cartouches dans le sac; si nous les tirons toutes, c’est que ça ira bien; mais dépêchez, et lacez vos bottes.”
Bientôt après nous sommes en voiture. Le cheval trotte vivement. Il ne fait pas tout à fait noir; mais le ciel est d'un gris! le vent est d’un froid! Nous tirons les couvertures autour de nos jambes, et discutons le programme de la chasse. Pour le bateau, rien de plus simple; il a été mis sous la garde du berger; nous n’avons qu’à frapper à sa porte; à l’instant il sera sur pied; il se chargera du cheval, et nous aidera à lancer l’embarcation. Puis nous gardons le silence et chacun fait des plans à qui mieux mieux. Le cheval trotte toujours; nous entrons dans un village. Voici la maison du prêtre, ses murs blancs et sa porte verte, la mesquine chapelle grise et ses tombes. En face sont quelques cabanes; l’une est patentée pour vendre des spiritueux et du tabac; une autre s’est écroulée, dont il ne reste qu’un fragment de toit qui abrite les dormeurs; un peu plus loin se trouve un cottage plus propre et plus respectable, et une forge à l’angle de la route. En pensant aux canards, je parle à Dacre de ses affaires. Il déclare que les choses vont de mal en pis, et que s’il n’y a pas une hausse sur les bestiaux, il va faire banqueroute. Il n’a pas vendu ses bœufs en octobre dernier, le prix était si mauvais; mais il ne pourra les garder au delà de mai; il faut qu’ils partent.
Dacre est un jeune Écossais qui vint s'établir à Mayo il y a quelque huit ou neuf ans. Le fermier écossais est un des types caractéristiques de l’Irlande. Çà et là vous rencontrez ces solides et énormes hommes du Nord, dont les cours de ferme si propres et les champs richement labourés font un contraste frappant avec les côtes désolées que les paysans ne font qu’égratigner de leurs bêches et de leurs houes. Mais l’Irlande est un pays de faillite et de ruine; rien n'y réussi! que le patriotisme, et après quelques années d’efforts, le laborieux et dur Écossais lui-même se voit réduit au désespoir. Il n’en est resté qu'un petit nombre qui, abandonnant leur agriculture civilisée, ont cherché à regagner une partie de leur fortune perdue en adoptant l’élevage des bestiaux de leur pays. M. Dacre est de ce nombre. Il afferme trois cents acres de terre, entretient une meute de chiens courants; et il est le meilleur cavalier et le meilleur tireur du comté. Un fort et beau jeune homme dont la vie se passe en selle ou sur l’étang avec sa canardière. Il est jovial et gai, et nous rions de tout notre cœur en racontant des histoires de jeunes filles, ou en rappelant des souvenirs de sport.
Le cheval trotte toujours; la campagne est noyée dans l’ombre, les bestiaux dorment dans les champs. Après être sortis de la nuit de quelques arbres qui forment voûte, nous arrivons en vue du lac orageux.
“Voici l’endroit, “ dit Dacre, s’arrêtant en face d’une hutte près du bord de la route, “sortez les fusils, moi j’irai réveiller le garçon.”
Le clair feu de tourbes dardant ses langues de flamme rouge dans les ténèbres, et les monceaux de cendre blanche, le chien de berger qui dort; son fin nez se relève à mesure que nous approchons de la porte; ses violents aboiements signalent notre entrée.
“Tout est prêt, votre Honneur,” crie une voix qui sort des ténèbres; et enfilant de toutes ses forces une paire de culottes, un homme apparaît. Il réchauffe ses mains, et un moment après il nous aide à dételer le cheval, le conduit dans la hutte, l’attache près du foyer en nous disant que nous trouverons le bateau sur la berge. Nous chargeons les rames sur nos épaules, et le paysan vient nous aider à mettre la barque à flot. Il souffle un vent violent; les berges apparaissent comme des ombres vagues semblables à des nuages sur le ciel gris, et la sombre surface de l’eau se brise en vagues dont les crêtes blanchissent traîtreusement. Le bateau qui paraissait si grand dans le char la nuit précédente ne semble plus qu'une coquille de pétoncle. Le paysan le remarque et observe que le lac est un peu fort. Mais nous n’y faisons pas attention; je saisis la petite rame, Dacre prend l’aviron; d’un coup de pied il relègue l’épagneul à sa place en arrière et nous poussons au large. Mais le bateau est comme du plomb, et il semble presque impossible de le forcer à fendre les vagues; elles se brisent lourdes et tranchantes autour de nous, et submergent les rames. Nos bras sont forts, notre volonté est de fer, et nous avons gagné un demi-mille sur le rivage; nous tournons le promontoire, et nous avons tout autour de nous le lac noir, d’un noir et d’un froid indicibles. Nos difficultés ont décuplé; notre petit bateau peut à peine s’élever au-dessus des vagues roulantes, et les rames s’enfoncent de plus en plus.
A notre droite s’élèvent les vastes ruines d’un château féodal; devant nous, rien que le grand lac noir. “Ramons, ramons!” mais le bateau ne fait que bien peu de chemin; l’épagneul est sans cesse en mouvement, essayant d’éviter les vagues…
Les vagues! je les entends s'éclabousser avec fracas contre la joue du bateau; je les sens retomber sur mon dos. Le froid de l’eau pénètre mes grosses bottes de chasse. Je regarde à mes pieds; mais il fait si noir que j'y peux à peine voir.
“Il me semble, Dacre, qu’il n'y a pas mal d’eau dans le bateau.”
“Absurdité!”, répliqua-t-il; “ramons, ramons; si nous n’arrivons pas avant l'aurore, nous sommes refaits; les canards arrivent des champs, s’abattent sur ces parages au lever du jour, et n’y restent que quelques minutes à lisser leur plumage... Ramons.”
Cependant il ne me semble pas naturel qu’il entre tant d’eau dans le bateau; mais me rendant à l’expérience émérite que Dacre a des bateaux, j’applique mes pieds contre le siège en face de moi, et je rame résolument. Les minutes s’écoulent bien lentement, et je m’aperçois de nouveau que l’eau atteint mes jambes; je plonge mon bras, et il me semble que le bateau est à moitié plein.
“Quoi que vous en disiez, il ne me semble pas régulier que le bateau soit à moitié plein d’eau; plongez votre main et jugez.”
“Pardieu, j’en ai jusqu’au coude; avons-nous quelque ustensile pour la vider? Non, il y a un trou dans la casserole.... Vite, donnez-moi votre rame; mettez-vous à la poupe, et videz l’eau avec votre chapeau... Cet infernal chien va nous faire culbuter... couche-toi, sacrebleu, couche-loi. — Oui, pardieu, il ne manque pas d’eau dans le bateau; je crois que vous feriez mieux d'ôter votre habit et vos chaussures, car je crois que nous aurons à nager…”
“Nager? C’est fort bien pour vous; mais nous sommes à quatre cents verges du rivage, et tout ce que je puis, c’est de nager cinquante verges.”
“Alors videz, videz comme un fou.”
Un coup d’œil avant de me mettre à l’œuvre: la formidable étendue d’un lac noir d'Irlande, de vagues rivages aussi obscurs que la mort, un frêle esquif à moitié rempli d’eau... Et comme la pensée vous point acérée et tranchante! — La séparation d’avec toutes choses, plus d’avenir! plus d’espérance!... Projets et amis surgissent tout à coup devant vos yeux et vous regardent!... Quelle pitié! Le roman que j’écris ne sera jamais terminé... jamais!
“Videz donc, videz!” crie Dacre, en ramant du côté du rivage; je remplis chapeau sur chapeau et les verse par-dessus le bord. Qu’elle est terrible la solitude du lac! Quelle étrange extension prend un moment de péril! Un instant, quelques minutes font l'effet d’une durée prodigieuse; chaque seconde, par une espèce de magie, semble tomber goutte à goutte du réservoir du temps. Mais il n’y a là qu’une peine physique. Ce n’est pas ce chagrin navrant, le désespoir morne et écrasant d’un homme qui souffre en voyant devant lui la vie inutile et vide; mais seulement le frémissement qui accompagne le sentiment de la séparation; et encore ce sentiment s’évanouit bientôt dans le travail, le travail... le meilleur des opiats!...
Péril momentané, car le bateau ne fait pas eau, et quand la proue cesse d’être exposée aux vagues, l’eau n’y entre plus. Mais nous ne nous en rendons pas compte, et Dacre continue de se pencher de toute sa force sur son unique rame; les vagues nous poussent vers la rive, je vide toujours rapidement et furieusement; enfin la quille frotte les cailloux.
“Dieu merci, nous l’avons échappé belle.”
“Où sommes-nous?”
“Au château Carra, retirez les cartouches du bateau! j’espère qu’elles ne sont pas toutes mouillées; nous pourrons encore tirer un ou deux canards sur la gauche de la berge.”
“Mais je suis tout trempé; je ne sais si vous l’êtes comme moi, et mon chapeau…”
“N’est pas bon à grand’chose,” acheva Dacre en riant; “vous ferez mieux d'attacher votre mouchoir autour de votre tête. Il nous faut rester ici jusqu'au lever du jou r: ces rochers sont glissants et pleins de trous, et j’aime mieux attraper un refroidissement que de risquer de me briser les jambes dans une de ces infernales crevasses.”
Autant que je puis le voir, nous sommes sur une langue de terre pavée, pour ainsi dire, d’énormes rocs; hors de l'enceinte pousse un épais massif de coudriers rabougris; par derrière, sur la hauteur, s’élèvent quelques grands arbres, et la ruine garnie de lierre est parsemée de bouquets de buissons. Nous nous asseyons à ses pieds, essayant d’oublier le temps en discutant sur notre périlleuse aventure, et nous appelons le jour de tous nos vœux. Mais la lune se dégageant du milieu des ruines entre dans un espace limpide du ciel, et l’aurore semble encore loin. Pour échapper à l’amère froidure du vent, nous songeons, maintenant qu’il fait un peu de lumière, à nous abriter dans les ruines du château. Dacre prétend qu’il saura bien trouver le chemin, et après mainte égratignure au milieu des buissons, et une cruelle chute sur les rochers, nous atteignons des marches encombrées d’herbes, et nous grimpons à travers une ouverture jusqu’à un endroit qui était probablement autrefois la grande salle du château. Un pignon élevé se dresse noir et massif contre le ciel; nos pieds foulent de longues herbes épaisses; un peu plus.loin l’arche tombée forme une espèce de sentier qui conduit sous la voûte. Il y a sur les murs des lierres séculaires, et leur surface s'ouvre en larges et vagues crevasses, que l’on peut à peine distinguer dans la froide pénombre. Grâce à un rayon de lune, j’aperçois à quelque quinze pieds au-dessus de moi un escalier — un escalier secret montant à travers d’énormes épaisseurs de murs. A quoi servaient ces étranges chemins? Quels pieds les ont foulés il y a des siècles?....
Les pieds de femmes sveltes et élancées en robes collantes et traînantes; ou ceux des chefs à longue barbe, aux talons de fer retentissants; et pendant que j’évoque le passé, de splendides imaginations se représentent à moi et la nostalgie de ces jours éloignés envahit mon âme; et sans écouter les conseils de mon ami, je me dirige du côté de l’étrange escalier, comme si je voulais sortir de cet âge affaibli et fébrile pour passer dans un âge plus sain, plus vigoureux, plus simple. Ces murs ont été touchés par des mains qui ne tremblaient pas comme les miennes; et jamais je ne toucherai ces mains, et jamais mes yeux ne connaîtront les yeux qui, à travers ces meurtrières, s'arrêtaient sur un sauvage ennemi. Ah! si j’avais connu ces hommes, j’aurais combattu avec eux les combats de la vie, au lieu de me sentir alangui de chagrin dans ce siècle plaintif. Et ces femmes de la primitive Irlande, je les aurais vues relevant leurs robes en montant cet escalier pour épier du haut des bastions le retour de leurs maris ou de leurs frères revenant du pillage avec des bœufs et des prisonniers.
Et quand, au milieu des bœufs et des prisonniers, elles voyaient une civière où était couché un blessé ou un mort, elles s’asseyaient sur ces mêmes marches où je suis, et pleuraient. Et quand le château était assiégé, elles traversaient, en s’enfuyant, l’endroit où je passe.
L’escalier descend à une embrasure dans le mur, à travers laquelle passe un flot de lumière de lune... Il y a là quelque chose... quelque chose qui ronfle dans la clarté de la lune... L’escalier descend devant moi; mais je ne peux le suivre, je ne puis aller au-delà de ce spectral rayon de lune. Mon front est moite de la rosée de la tombe, ma chair et mon sang sont aussi froids que cette lueur blanche…
Puis le ronflement cesse et une forme blanche passe mollement en bas de l'escalier et mollement s’évanouit; puis la large et belle forme blanche revient, s’approche doucement, oh! si doucement, du rayon de lune et de moi!... Ce rayon n’est pas si glacé que moi, et cette agonie exsangue est plus terrible que la mort. La mort, c’est-à-dire les ténèbres, serait douce; mais ce froid, ce blanc esprit de mort, cette mort glacée de blancheur errante fige le sang dans les veines…
Où a-t-elle passé? Est-elle autour de moi? Va-t-elle revenir sur moi? La sueur coule de mon front; la mort est dans mon cœur... Rempli du mystérieux murmure des eaux, le château se dresse devant moi, squelette décharné; les détours des chemins secrets se perdent dans le lierre sauvage; le ciel est d’une pâleur de spectre... Oh, ce murmure fuyant du lac! ces masses de pierres humides et lisses des suintements de tant de siècles! L’angoisse étreint mon cœur! Je n’ose regarder derrière moi! La terreur serre ma gorge et mes épaules! Comme une ombre qui s’échappe à travers les ténèbres, je me fraie à tâtons un chemin le long des antiques murs.
✱ ✱ ✱
J’entends tout à coup une voix qui m’appelle d’en bas; je me sens rattaché au monde vivant. Mais je n’ose encore répondre; la terreur n’a point encore dégelé dans mes os, et c’est en tremblant que je repasse par l’ouverture par laquelle je suis venu. Le temps semble s’être immobilisé, depuis que j’ai laissé Dacre assis avec son épagneul au milieu de la salle tapissée d’herbes, et il faut que je lui demande de m’aider à descendre. La scène est toujours fantastique et étrange sous l’aube grisâtre; mais qu’elle me semble naturelle et familière en comparaison des minutes de torture que je viens de souffrir!
“Qu’avez-vous donc? Vous paraissez effrayé, tout hors de vous?”
“Non, j’ai seulement un peu froid... un peu d’humidité et de froid.”
“Eh bien, ranimez-vous; je pense que le jour va paraître: hâtons-nous et rejoignons le poste avant que les canards ne soient venus.”
La nuit ramène autour d’elle ses bleus vêtements, et les franges jaunâtres de l’aurore apparaissent à la cime des monts. Mais ce n’était pas encore le jour; et pendant que des pieds et des mains nous nous ouvrons un chemin à travers les rocs et les buissons, une étrange forme blanche s’abat dans le crépuscule. Dacre tire, et, comme au milieu d’une soudaine averse de neige, une grande chouette d’une blancheur de neige tombe à nos pieds.
C’était l’esprit du château que j’avais entendu ronfler dans la froide clarté de la lune.
“J’en suis fâché, dit Dacre; la grande chouette blanche est une race presque éteinte. On n’en a vu qu’un couple habiter le château depuis des années.”
Après être sortis par la poterne, nous vîmes les traces du fossé qui divisait la langue de terre et complétait l'isolation du château. Autrefois il couvrait tout le promontoire; les ruines des fortifications s’étendent jusqu’au bord du lac. Là, sans doute, vivaient autrefois un chef barbare et une nombreuse vassalité; aujourd’hui, bien au-dessous du rivage du lac apparaît la silhouette d’un autre château à travers les vapeurs du crépuscule, et sur l'île, là-bas, un mur d’angle, est encore debout.
Irlande, pays de montagnes bleues et de ruines fabuleuses! Sur chaque hauteur commandant le paysage, sur chaque promontoire sauvage que fatiguent les vagues de ces mers intérieures, on trouve des restes de châteaux des chefs irlandais — restes pleins de poésie pénétrante, et dont le silence rappelle la vie turbulente et l’éclair de la bataille. On rêve de brigands et de pirates enlevant les troupeaux; mais tout ce passé est vague, et de l'économie intérieure de ces tribus nomades, nous savons moins de chose que des Babyloniens et des anciens Égyptiens. Tout ce que nous savons, c'est qu’ils ont un jour existé.
En rentrant dans l’intérieur des terres, nous rencontrons les ruines d’une maison qu’on dirait presque moderne. Il y a une vaste cour, et dans cette cour un colossal renard en pierre; plus loin sont les ruines de la grande porte, et sur la hauteur on aperçoit de gigantesques chiens renardiers.
C’est là que les descendants des chefs du château s’établirent au déclin du brigandage; là qu’ils burent, jurèrent, chassèrent et se livrèrent des duels à douze pas.
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